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France : l’ANSES s’explique sur le ton de son communiqué de presse

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Six jours après la mise en ligne de son évaluation des risques sanitaires du vapotage, l’ANSES a dû s’expliquer sur le ton de son communiqué de presse. L’agence invoque les contraintes de l’exercice de synthèse. L’épisode montre comment une expertise de plusieurs centaines de pages devient un titre de presse.

Un rapport gradué, un communiqué qui l’est moins

L’expertise publiée le 4 février 2026 repose sur une méthode d’analyse du poids des preuves. Elle classe les effets sanitaires selon leur degré d’établissement : certains sont qualifiés de probables, d’autres seulement de possibles, ce qui correspond à un niveau de preuve nettement plus faible.

Cette gradation est au cœur du document. Elle distingue ce que la littérature scientifique permet d’affirmer de ce qu’elle se contente de suggérer, et elle occupe une place importante dans la rédaction du rapport lui-même.

Le communiqué de presse diffusé le même jour tient sur une page. Il énumère les effets identifiés sans reprendre systématiquement cette gradation, et sans situer ces risques par rapport à ceux du tabac fumé, comparaison que le rapport aborde et que la grande majorité des Français situe mal.

La couverture médiatique s’est appuyée sur le communiqué, comme c’est presque toujours le cas. Peu de rédactions généralistes ouvrent un rapport d’expertise de plusieurs centaines de pages dans la journée de sa parution.

La réponse de l’agence

Interrogée sur cet écart par la presse spécialisée, l’agence a mis en avant la difficulté de l’exercice : passer d’un rapport de plusieurs centaines de pages à un communiqué d’une page impose des arbitrages, et toute synthèse perd de la nuance.

L’ANSES n’a pas modifié son communiqué ni corrigé son rapport. Elle a renvoyé au document complet, accessible en ligne, pour qui souhaite connaître le détail des niveaux de preuve retenus.

Deux lectures opposees le même jour

Le rapport a donné lieu à deux interprétations contradictoires publiées dans les heures qui ont suivi. Une partie de la presse a retenu la liste des effets sanitaires possibles. Des organisations professionnelles ont retenu, à l’inverse, l’absence d’effets avérés.

Les deux lectures s’appuient sur le même document et négligent la même chose : la gradation. Dire qu’un effet est possible n’est ni affirmer qu’il existe, ni affirmer qu’il n’existe pas. C’est constater que les données disponibles ne permettent pas de trancher.

Ce type de malentendu n’est pas propre à ce dossier. Il accompagne la plupart des expertises sanitaires publiées sur des sujets controversés, comme lorsque la presse britannique s’est alarmée d’une étude qui n’était pas encore publiée.

Ce que le rapport dit, et qui n’a pas changé

L’épisode de communication ne modifie en rien le contenu de l’expertise. L’agence retient comme probable la survenue d’effets cardiovasculaires, notamment une élévation de la pression artérielle, et comme possibles des effets respiratoires, cardiovasculaires et sur la cancérogenèse.

Elle recommande par ailleurs d’éviter toute incitation au vapotage, en particulier chez les non-fumeurs et chez les jeunes, et de se prémunir contre toute forme de normalisation. Cette recommandation figure dans le rapport comme dans le communiqué.

Analyse de VAP|LAB : la synthèse est un acte éditorial

Un communiqué de presse n’est pas un résumé neutre. C’est une réécriture, avec des choix de hiérarchie et de vocabulaire, et ces choix orientent la reprise médiatique bien davantage que le rapport lui-même.

Le constat vaut pour tout le monde, y compris pour nous. Un blog tenu par un commerce spécialisé opère exactement le même type d’arbitrage quand il résume un document en six cents mots.

C’est la raison pour laquelle nous lions systématiquement les documents d’origine et pourquoi, sur ce dossier, nous avons repris la recommandation de l’agence telle qu’elle est écrite. Le lecteur doit pouvoir vérifier, et le cas échéant nous contredire.

Sources

En bref

Questions fréquentes

L’ANSES a-t-elle corrigé son rapport ou son communiqué ?

Non, elle n’a modifié ni l’un ni l’autre. Interrogée sur l’écart entre les deux, l’agence a mis en avant la difficulté de l’exercice : passer d’un rapport de plusieurs centaines de pages à un communiqué d’une page impose des arbitrages, et toute synthèse perd de la nuance. Elle a renvoyé au document complet, accessible en ligne, pour le détail des niveaux de preuve retenus.

Pourquoi le même rapport a-t-il donné lieu à deux lectures opposées ?

Parce que les deux négligent la même chose : la gradation des niveaux de preuve. Une partie de la presse a retenu la liste des effets sanitaires possibles, des organisations professionnelles ont retenu à l’inverse l’absence d’effets avérés. Dire qu’un effet est possible n’est ni affirmer qu’il existe, ni affirmer qu’il n’existe pas : c’est constater que les données ne permettent pas de trancher.

Un communiqué de presse d’agence résume-t-il fidèlement son rapport ?

Pas nécessairement. Un communiqué n’est pas un résumé neutre mais une réécriture, avec des choix de hiérarchie et de vocabulaire qui orientent la reprise médiatique bien davantage que le rapport lui-même. Peu de rédactions généralistes ouvrent une expertise de plusieurs centaines de pages le jour de sa parution : la couverture s’appuie donc presque toujours sur le communiqué.

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