Le Portugal a fait savoir début août 2025 qu’il s’opposait au projet européen de taxation des produits du vapotage. Il rejoint plusieurs États membres déjà réticents. En matière fiscale, l’unanimité des vingt-sept est requise.
Un refus qui pèse lourd
La proposition de la Commission européenne date du 16 juillet 2025. Moins de trois semaines plus tard, Lisbonne exprime publiquement son opposition. Le calendrier de la Commission, qui visait une application en 2028, s’en trouve fragilisé.
La règle de l’unanimité donne à chaque capitale un pouvoir de blocage. Un seul refus suffit à empêcher l’adoption. C’est ce qui distingue la fiscalité des autres domaines, où la majorité qualifiée permet d’avancer malgré des oppositions.
Le Portugal n’est pas isolé. La Suède, la Grèce, la Roumanie et l’Italie, déjà opposées au projet français d’interdiction des sachets de nicotine, ont exprimé des réserves de nature comparable au cours de l’été, pour des raisons qui tiennent tantôt à la santé publique, tantôt à la protection de leurs recettes nationales.
Des motivations qui ne sont pas les mêmes
Les oppositions ne se ressemblent pas. Certains États contestent le principe même d’une fiscalité identique pour des produits qu’ils jugent de dangerosité différente. D’autres défendent leur souveraineté fiscale, sans se prononcer sur le fond.
D’autres encore, comme l’Italie, redoutent l’effet d’une hausse brutale sur des recettes existantes et sur le développement d’un marché parallèle. Le tabac représente pour plusieurs budgets nationaux une ressource dont la stabilité compte.
Le poids des recettes existantes
Le Portugal taxe déjà les e-liquides au niveau national depuis plusieurs années, comme la France taxe le tabac. L’enjeu, pour Lisbonne, n’est donc pas d’échapper à toute fiscalité mais de conserver la maîtrise de ses propres tarifs.
C’est un point récurrent de ces négociations : les États qui ont déjà légiféré défendent leur dispositif, ceux qui n’ont rien fait redoutent d’y être contraints. La ligne de partage ne recoupe pas celle des positions sanitaires.
S’y ajoute la crainte, exprimée par plusieurs délégations, qu’une hausse trop rapide alimente les circuits parallèles. L’argument est difficile à vérifier faute de données publiques fiables sur ces marchés.
Une négociation qui va durer
Les dossiers fiscaux européens se comptent en années. La précédente révision de la directive sur la taxation du tabac avait mis près d’une décennie à aboutir, et plusieurs tentatives ont échoué en chemin.
La proposition de juillet 2025 connaîtra donc de nombreuses versions intermédiaires. Les présidences tournantes du Conseil proposeront des compromis successifs, avec des niveaux de taxation revus à la baisse par rapport aux 3,60 euros par flacon de dix millilitres évoqués en juin, pour tenter de rallier les récalcitrants.
Analyse de VAP|LAB : ni victoire ni défaite
Une opposition nationale n’enterre pas un texte, elle le retarde et le transforme. Les commentaires qui ont présenté ce refus comme la fin du projet européen sont allés trop vite.
La lecture utile est celle du rapport de force : combien d’États s’opposent, sur quels arguments, et jusqu’où ils sont prêts à aller. Nous rendrons compte de ces positions au fil des Conseils, en nous appuyant sur les documents institutionnels quand ils sont accessibles, et en le signalant quand ils ne le sont pas.
Sources
En bref
Questions fréquentes
L’opposition du Portugal met-elle fin au projet européen de taxation ?
Non. Une opposition nationale ne supprime pas un texte, elle le retarde et le transforme. Les présidences successives du Conseil proposeront des compromis, généralement avec des niveaux de taxation revus à la baisse pour rallier les réticents. Les dossiers fiscaux européens se comptent en années : la précédente révision de la directive sur la taxation du tabac avait mis près d’une décennie à aboutir.
Pourquoi un pays qui taxe déjà les e-liquides refuse-t-il une taxe européenne ?
Parce que l’enjeu n’est pas d’échapper à toute fiscalité mais de garder la maîtrise de ses propres tarifs. Le Portugal taxe les e-liquides au niveau national depuis plusieurs années. C’est un point récurrent de ces négociations : les États qui ont déjà légiféré défendent leur dispositif, ceux qui n’ont rien fait redoutent d’y être contraints. La ligne de partage ne recoupe pas celle des positions sanitaires.



































