La Fédération interprofessionnelle de la vape a annoncé le 6 juillet 2026 le déploiement d’un contrôle de l’âge par reconnaissance faciale sur les sites de vente en ligne de produits du vapotage. Le dispositif repose sur un selfie, complété si besoin par une pièce d’identité. Il est volontaire : aucune disposition légale n’impose aujourd’hui ce niveau de vérification aux commerçants en ligne.
Un selfie, puis une pièce d’identité si le doute persiste
Le mécanisme se déroule en deux temps. L’acheteur prend un selfie, qu’un algorithme d’estimation d’âge analyse. Si l’estimation situe la personne au-dessus du seuil, l’achat se poursuit. Si elle laisse un doute, un document d’identité officiel est demandé. La fédération indique dans son communiqué du 6 juillet que le prestataire retenu est Yoti, une société spécialisée dans l’identité numérique, et cite AgeVerif comme solution alternative. Elle précise que les données biométriques ne sont pas conservées au-delà de la procédure.
Le Petit Vapoteur, principal vendeur en ligne français, est le premier site en production. La fédération évoque un déploiement depuis le printemps 2026 et « plusieurs centaines de vérifications » réalisées chaque jour depuis le lancement.
Un dispositif volontaire, pas une obligation
C’est le point à retenir, et il est rarement dit. La loi française interdit la vente de produits du vapotage aux mineurs, mais elle n’impose aucune modalité technique de vérification en ligne. Une case à cocher déclarant sa majorité suffit juridiquement. La démarche annoncée va donc au-delà du droit en vigueur, à l’initiative de la filière elle-même.
La fédération met en avant le poids du canal concerné : selon elle, la vente en ligne représente environ 30 % du marché français. Elle revendique 876 entreprises adhérentes et 85 % du marché national pour la filière indépendante. Ces chiffres sont ceux de la fédération et n’ont pas d’équivalent public.
Ce que la loi impose déjà en boutique
Côté comptoir, le cadre s’est durci il y a un an. Le décret n° 2025-582 du 27 juin 2025, publié au Journal officiel du 28 juin, a fait passer la vente de produits du vapotage à un mineur de la quatrième à la cinquième classe de contravention. L’amende encourue est de 1 500 euros, portée à 3 000 euros en cas de récidive. Le commerçant doit exiger la preuve de la majorité, et c’est à lui d’apporter cette preuve en cas de contrôle.
L’écart entre les deux canaux était donc réel : une obligation contrôlable en magasin, une simple déclaration en ligne.
La question des données biométriques reste posée
Analyser un visage pour estimer un âge relève du traitement de données biométriques. Le communiqué de la fédération n’apporte aucune précision sur le fondement juridique retenu, ne cite ni la CNIL ni l’Arcom, et ne mentionne aucune analyse d’impact. Nous n’avons trouvé aucune prise de position publique d’une autorité française sur ce dispositif précis à la date de publication. C’est une lacune, pas une réserve : elle mérite d’être signalée plutôt que comblée par une supposition.
Analyse de VAP|LAB : une initiative qui devance le débat, et qui l’appelle
Le calendrier n’est pas neutre. La protection des mineurs est le premier argument mobilisé chaque fois qu’un texte restrictif vise le vapotage, en France comme à Bruxelles. Une filière qui installe elle-même un contrôle d’âge se met en position de répondre par un fait plutôt que par une déclaration d’intention.
Deux limites tempèrent cependant l’annonce. La première est le caractère volontaire du dispositif : il ne concerne que les enseignes qui l’adoptent, et rien n’oblige un site à le faire. Un contrôle appliqué par une partie du marché seulement déplace l’achat plutôt qu’il ne l’empêche. La seconde est l’absence de validation par une autorité indépendante sur le traitement des images. Tant que la CNIL ne s’est pas prononcée, la garantie repose sur la parole du prestataire et de ses clients.
Nous suivrons ce dossier : une généralisation du contrôle d’âge en ligne figure parmi les hypothèses évoquées pour la révision de la directive européenne sur les produits du tabac, attendue à la fin de l’année 2026.
En bref
Questions fréquentes
La vérification d'âge par selfie est-elle obligatoire pour acheter en ligne ?
Non. Aucune disposition légale n'impose ce niveau de vérification aux sites de vente à distance en France. Le dispositif annoncé par la fédération le 6 juillet 2026 est volontaire et ne s'applique qu'aux enseignes qui l'adoptent.
Que risque un commerçant qui vend à un mineur ?
Depuis le décret n° 2025-582 du 27 juin 2025, la vente de produits du vapotage à un mineur est une contravention de cinquième classe : 1 500 euros d'amende, 3 000 euros en cas de récidive.
Mes données biométriques sont-elles conservées ?
La fédération indique que les données ne sont pas conservées au-delà de la procédure de vérification. Aucune autorité française ne s'est publiquement prononcée sur ce dispositif à ce jour.






































